FIERTÉ, PROGRESSION ET PROMESSES : UNE SAISON FONDATRICE POUR LA JDA
Pour sa première saison à la tête de l’équipe professionnelle de la JDA Dijon Handball, Clément Alcacer a marqué les esprits. Entre une troisième place historique en championnat, une médaille de bronze européenne et un groupe en pleine progression, l’entraîneur revient sur une année intense, riche en émotions et en enseignements.
On va remonter un peu le temps… Quel souvenir gardes-tu du tout premier match de la saison ? Quels étaient les objectifs et les ressentis à ce moment-là ?
J’ai une anecdote qui me fait rire. J’étais dans mon rituel d’avant-match, assis devant le vestiaire. J’ai croisé Manu qui sortait du vestiaire et j’étais en train de chanter et danser sur la chanson qu’elles écoutaient à l’intérieur. Ça définit ma manière d’être et je pense qu’elles s’en sont rendu compte assez vite : sérieux sans se prendre au sérieux. Je trouve qu’on avait fait un match plutôt cohérent pour une première.
Si tu compares ce premier match au dernier de la saison, qu’est-ce qui a le plus évolué dans l’équipe selon toi ?
La chose qui a le plus évolué pour moi, c’est leur sérénité, leur capacité à être sûres de notre force. Au début de l’année, c’était « on y croit mais on a des doutes », alors qu’à la fin de l’année, c’est devenu « on est sûres de ce qu’on est capables de faire ».
À quel moment as-tu senti que cette équipe pouvait faire quelque chose de grand cette saison ?
Lubin à Lubin. On était complètement au pied du mur. On avait fait un très bon début de saison, mais c’était « facile ». On avait 7 matchs, avec seulement une erreur face à Chambray. Dans l’ensemble, c’étaient des matchs plutôt abordables, on n’avait pas encore affronté les grosses équipes en championnat et on avait eu de la « chance » sur les tirages des qualifications en EHF. Ensuite, on enchaîne avec janvier et février, où les rencontres sont plus dures. Lubin à Lubin lance vraiment notre 2e partie de saison, parce qu’on voit qu’au pied du mur, on est capables de réaliser un très grand match et de renverser la vapeur. À ce moment-là, on voit qu’on a un groupe pour accomplir de grandes choses.
Parlons du championnat : vous terminez 3e, la meilleure performance depuis 2003. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?
Je suis fier, fier de tout le travail et des efforts qu’on a pu fournir au quotidien tout au long de la saison. Ça prouve aussi qu’il faut savoir savourer cette performance, parce que c’est assez rare et jamais simple. Le plus dur maintenant, ce sera de confirmer.
Quand on regarde Metz et Brest, qui dominent depuis plusieurs saisons, qu’est-ce qu’il vous manque encore pour les titiller ?
Ce sont de belles locomotives pour le handball français. Elles nous poussent à essayer de comprendre comment on peut aller les titiller. Il faut encore travailler dans tous les domaines pour réduire l’écart avec ces deux équipes. Je pense qu’il faut voir ça avec pragmatisme : sur 100 matchs, on n’en gagnera pas beaucoup, mais on peut en gagner quelques-uns. Et il faut trouver les moyens de concrétiser ces moments-là quand ils se présentent.
Pour toi, est-ce que ce podium change quelque chose dans le regard que les autres équipes portent sur la JDA désormais ?
Au début de la saison, on nous a très vite mis parmi les favoris, mais un peu comme si c’était facile de nous mettre là, ça déchargeait tout le monde. En fait, en nous mettant à cette place-là, les filles se sont dit : « Vous voulez nous mettre là ? OK, on va vraiment le faire ! ». Elles se sont vraiment prises au jeu.
Au départ, on disait qu’on méritait la 3e place, mais c’était quand même bien de pouvoir nous battre. Alors qu’à la fin de la saison, on nous prenait vraiment au sérieux. Certaines personnes nous ont sincèrement apporté de la reconnaissance, et je pense que ça, ça a compté.
Raconte-nous cette aventure européenne : quels ont été les moments charnières avant d’atteindre ce Final 4 ?
Le premier match en Autriche face à Hypo lance l’épopée européenne. C’était le premier vrai déplacement, il y avait des partenaires, et c’était surtout la première qualification européenne pour le club.Le deuxième moment, c’est le tirage au sort de la phase de poules. On était tous un peu dispersés, c’était pendant les vacances, et on s’est tous appelés en se disant que c’était un tirage plutôt abordable.
Ensuite, il y a le premier match de la phase de poules à Blomberg, en Allemagne. On perd ce match en jouant mal, mais on se rend compte qu’on est capables et qu’on est à notre place si on fait de bonnes prestations. Il y a aussi la victoire face à Moson, qui nous relance alors qu’on restait sur deux défaites. Puis le match retour à Lubin, que j’ai déjà évoqué.
Globalement, ce sont surtout les matchs à l’extérieur qui m’ont marqué. Et pour finir, il y a ce quart de finale aller contre Bensheim au Palais des sports. C’était vraiment un beau moment de communion avec le public, lors d’un match à élimination directe.
La défaite en demi-finale du Final 4 a été un moment difficile. Comment l’as-tu vécu ? Comment as-tu réussi à remobiliser le groupe pour aller chercher cette 3e place le lendemain ?
En fait, on avait perdu, donc j’étais forcément déçu, mais très peu, parce que j’étais déjà en train de me dire : on joue Blomberg demain. Il fallait que je me projette très vite sur ce qu’on allait faire le lendemain matin, comment on prépare le match, comment on travaille… J’étais déjà à fond sur Blomberg, je voulais vraiment ramener une médaille.
Par contre, quand je me suis couché vers 1h, tout seul dans ma chambre, j’ai pris un vrai coup. Je me suis dit : « On a vraiment perdu cette demi-finale. » Le souffle est retombé, j’étais triste et déçu.
Dès le lendemain matin, j’ai dit aux filles qu’on n’avait pas le temps d’être tristes et qu’il fallait aller chercher cette médaille. Pour nous, mais aussi pour toutes les personnes qui croient en nous et qui nous soutiennent. En partant du premier tour de qualification, on se devait de tout donner.
En remportant cette médaille de bronze européenne, la JDA écrit une page d’histoire. Que représente ce moment pour toi personnellement ?
Je suis venu à Dijon avec le projet d’être un entraîneur qui joue l’Europe. Aller chercher cette médaille dès la première année, c’est une réelle fierté. C’est une vraie récompense pour tous les efforts que les joueuses, le staff et le club ont fournis. Cette médaille donne aussi envie d’aller chercher plus, ça donne l’eau à la bouche de pouvoir revivre ce genre de moment.
On imagine que cette saison a été forte émotionnellement. Si tu devais garder 3 moments, se serait lesquelles ?
Je ne vais pas les dire dans l’ordre. Le dernier match, et pas seulement la fin mais l’entièreté du moment. Les filles se sont amusées, on a pris du plaisir sur le terrain, on finit bien, il y a la fête ensuite. Toute la journée de ce dernier match représente bien ce qu’on a été capables de faire en étant sérieuses, mais aussi avec des sourires et du plaisir.
Bien évidemment, il y a ce Final 4 avec cette petite finale. Je crois que je ne me rappelle pas de grand-chose du match. J’étais tellement à fond, je suis passé par tellement d’émotions que tout ça a pris le dessus. Je suis vraiment content d’avoir eu ce résultat.
Et la troisième, c’est la victoire contre Nice au Palais. C’était à une semaine pile du Final 4, on venait de faire match nul à Paris. On était très fatigués, c’était le 4e match en 8 jours. En plus, c’était un adversaire direct pour l’Europe, et si on les battait, on était quasiment sûrs d’être européens la saison prochaine. Quand on a entendu le coup de sifflet final et qu’on a remporté cette rencontre, c’était un vrai soulagement pour moi et le staff. C’était un match important qu’on avait ciblé avec Christophe et Jean-Raph.
Et à l’inverse, les moments les plus compliqués à gérer ?
La première défaite à Chambray a été vraiment un moment compliqué. Je ne vais pas être très original, mais il y a aussi la défaite contre Saint-Amand au Palais, où à la fin du match, on se sent très seul après un non-match complet.
Quelle importance accordes-tu à la progression individuelle de tes joueuses cette saison ? Certaines ont-elles dépassé tes attentes ?
Claire Vautier. Elle a vraiment fait une saison incroyable. Et je pense qu’elle peut encore faire mieux. Elle gagne en régularité, que ce soit sur l’année ou au fil des matchs.
Nos deux internationales, Lilou Pintat et Nina Dury. Tout le monde le sait et l’a vu : elles ont aussi fait une très bonne saison. Elles ont encore une énorme marge de progression. Ce sont deux joueuses qui vont aller très loin.
Toutes les filles ont fait une saison assez folle, sinon on n’aurait pas eu autant de bons résultats. J’adore l’état d’esprit de Sarah, elle donne tout pour les autres. Elle s’est blessée et est revenue très fort ensuite. C’est une véritable guerrière. Elle a aussi évolué dans sa façon d’appréhender le groupe, et dans notre relation entraîneur/capitaine.
Je pense aussi à Rosario. Elle est très discrète, mais elle a fait une très grosse saison. C’est vraiment triste qu’elle se soit blessée en fin de saison. Elle a progressé dans tellement de domaines tout au long de l’année, dans l’ombre. Mais elle nous reviendra encore plus forte.
Dans l’ensemble, c’est vraiment un groupe qui a progressé, et je suis très fier d’elles. Ce sont des filles avec qui on peut être sincère, et qui savent l’être aussi. Elles bossent toutes pour avancer, elles ont énormément d’ambition.
Maintenant que la saison est derrière vous, quels enseignements en tires-tu en tant qu’entraîneur ?
On va faire le bilan, mais on va prendre le temps pour ne pas tout faire à chaud. On va d’abord commencer par prendre des vacances bien méritées pour se reposer. Ensuite, on fera quelques bilans début juillet, avant la reprise, avec des axes d’amélioration pour la saison prochaine. Mais pour l’instant, l’idée, c’est vraiment de souffler un peu.
Enfin, comment abordes-tu la saison prochaine ?
Elle va être belle. On s’est mis l’eau à la bouche cette année. Après avoir vécu tout ça, on n’a pas envie de vivre autre chose. On va tout faire pour revivre au moins la même chose.
Tu as également 2 nouvelles joueuses qui arrivent la saison prochaine en plus de la prolongation de Gnonsiane, comment tu vois leur arrivée ?
Je suis très heureux. On a gardé une ossature assez complète. Concernant Gnonsiane, on a très bien travaillé ensemble. Je récupère Laura et Adiriana, deux filles avec qui j’ai déjà travaillé. Je les connais et je sais ce qu’elles peuvent nous apporter, autant dans leurs valeurs que dans leurs qualités handballistiques. Je suis très content, parce que je vais avoir un groupe que je connais très bien. Je sais à quoi m’attendre avec ces filles-là, et je pense que ça va être une vraie plus-value.
Après une première saison pleine de promesses, Clément Alcacer ne compte pas s’arrêter là. Ambitieux et lucide, il sait que la marche est haute, mais il est prêt à continuer de construire avec un groupe qu’il connaît bien et en qui il a toute confiance. Avec l’envie de faire encore mieux, la JDA Dijon aborde la saison prochaine avec un appétit décuplé… et l’Europe toujours en ligne de mire.
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